©Adolfo Lujan

Une politique de cohésion citoyenne avec une place de choix pour la culture

L'Union européenne traverse une période difficile marquée par des sentiments eurosceptiques croissants, des conséquences durables de la crise financière et des défis sociétaux liés aux migrations . En outre, les nouvelles technologies et la communication numérique ont radicalement transformé les sociétés. Etant donné que cette phase de crise est loin d'être révolue, les disparités entre les régions et les implantations européennes risquent de se creuser de plus en plus.

La politique de cohésion de l'UE est en mesure de rapprocher les États membres, de concilier leurs diverses réalités régionales et locales mais aussi de favoriser la solidarité entre les peuples. Elle doit donc rester un pilier essentiel des priorités futures de l'Union. En outre, afin de permettre aux citoyens de bénéficier du projet européen, la politique de cohésion doit adopter une approche axée sur le citoyen en tant que principe de base, visant à soutenir le développement mené par la communauté et à encourager la citoyenneté active. Cette approche permettrait de nourrir le sentiment d'engagement et d'appropriation des communautés et des individus.

La culture est étroitement liée aux divers éléments d'une dimension humaine du développement économique et social : valeurs partagées, compétences créatives, liens sociaux, dialogue interculturel, apprentissage et engagement collectifs, pour ne citer que ceux-ci. Les secteurs culturels et créatifs jouent un rôle essentiel dans le développement des capacités humaines, l'ouverture d'esprit et l'adaptation aux transformations difficiles. En ce sens, la culture est d'une grande valeur pour la plupart des objectifs politiques du Fonds européen de développement régional, du Fonds de cohésion et du Fonds social européen Plus qui figurent dans la proposition de la Commission européenne pour le prochain cadre financier pluriannuel (2021-2027):

  1.  une Europe plus intelligente grâce à la promotion d'une transformation économique innovante et intelligente :
  • Les secteurs culturels et créatifs contribuent largement à l'économie et à la création d'emplois : ils sont responsables d'environ 3,5 % de tous les produits et services de l'UE chaque année et emploient 6,7 millions de personnes, soit 3 % de la population active européenne[1];
  • L'engagement culturel stimule le potentiel créatif et d'innovatif. En outre, la création artistique peut inspirer des vecteurs novateurs du développement économique et social. Les secteurs culturels et créatifs peuvent servir de cadre pour l'exploration de nouvelles formes d'organisation et de structures de gestion[2].
  1.  une Europe plus verte et à faible émission de carbone grâce à la promotion d'une transition énergétique propre et équitable, d'investissements verts et bleus, de l'économie circulaire, de l'adaptation au changement climatique mais aussi de la prévention et la gestion des risques : 
  • Sensibiliser et inspirer les gens par la culture sur des questions environnementales a le potentiel d'ouvrir les esprits aux solutions créatives mais aussi encourager l'action individuelle et collective; des secteurs culturels et créatifs eux-mêmes sont de plus en plus actifs dans l'adoption de pratiques durables et servent d'exemple aux autres secteurs et à la société en général ;
  • La culture et la créativité ont le potentiel d'inspirer une vision critique, révélant les limites des approches actuelles en matière de durabilité . Elles permettent de transformer les perceptions, valeurs, comportements et attitudes individuelles envers l'environnement.
  1. une Europe plus sociale permettra de renforcer le pilier européen des droits sociaux:
  • L'engagement culturel et créatif permet aux groupes menacés d'exclusion, tels que les catégories économiquement défavorisées, les personnes âgées, les personnes handicapées et les groupes ethniques minoritaires, de devenir des membres actifs de la société ;
  • Un accès et une participation à la culture ainsi qu'à la créativité favorisent l'acquisition de compétences relationnelles essentielles et se traduisent par de meilleurs résultats en matière de participation au marché du travail.
  1. une Europe plus proche des citoyens permettra de favoriser le développement durable et l’intégration des zones urbaines, rurales, côtières ainsi que des initiatives locales 
  • La culture contribue largement à la régénération des zones rurales et des autres zones et communautés périphériques, en favorisant leur auto-identification et en permettant aux citoyens de répondre de manière collaborative à leurs appréhensions et leurs aspirations.
  • La culture est identifiée comme un facteur essentiel d'attractivité des villes et des régions. La régénération par la culture peut aider les villes et les régions à « se démarquer » pour attirer des touristes, des « cerveaux », des entreprises, des investisseurs, ou pour préserver des talents locaux[3].

Plus globalement, la culture, la créativité et les arts, en tant que vecteurs de la pensée critique et de la sensibilisation, sont essentiels pour une démocratie saine. Elles favorisent la responsabilisation sociale, la participation et l'engagement civique, l'acceptation du pluralisme et de la diversité. Toutes ces valeurs aident à rapprocher les citoyens avec l'essence même du projet Européen.

Les institutions européennes et les États membres ont reconnu à plusieurs reprises la valeur essentielle de la culture pour l'avenir de l'Europe et ont exprimé leur engagement à soutenir la culture dans les stratégies de l'UE.  
Les institutions européennes et les États membres ont reconnu à plusieurs reprises la valeur essentielle de la culture pour l'avenir de l'Europe et ont exprimé leur engagement à soutenir la culture dans les stratégies de l'UE.  Dans le cadre du suivi de l'agenda des dirigeants en matière d'éducation et de culture, les conclusions du Conseil adoptées le 14 décembre 2017 rappellent que « l'éducation et la culture sont indispensables pour bâtir des sociétés inclusives et cohérentes et pour soutenir notre compétitivité. À Göteborg, nous avons exprimé notre volonté de faire davantage dans ces domaines, dans lesquels l'UE joue un rôle complémentaire et de soutien important ». En novembre 2017, la communication de la Commission intitulée « Renforcer l'identité européenne par l'éducation et la culture » l'indiquait : « Il est dans l'intérêt commun de tous les États membres d'exploiter pleinement le potentiel de l'éducation et de la culture en tant que moteurs de l'emploi, de la justice sociale, de la citoyenneté active mais aussi en tant que vecteurs de découverte de l'identité européenne dans toute sa diversité ».

Néanmoins, nous constatons avec inquiétude que la Commission européenne n'a inclus que le patrimoine culturel et non la culture dans son ensemble, dans ses propositions de règlements sur le Fonds européen de développement régional, sur le Fonds de cohésion et sur le Fonds social européen Plus. Nous encourageons la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil dans toutes les prochaines étapes à ne pas manquer l'occasion de tirer parti du potentiel de la culture pour élaborer une politique de cohésion réellement efficace, avec véritable impact.

Plus concrètement, nous appelons les institutions européennes à :

  1. Inclure la culture dans toutes les priorités d'investissement. Reconnaître la valeur intrinsèque de la culture, des arts et du patrimoine culturel, ainsi que leur contribution significative au développement durable, à la cohésion sociale, au progrès économique et au progrès de l'intégration européenne.
  2. Adopter une approche de la politique de cohésion de l'UE centrée sur le citoyen, impliquant une intégration adéquate de la culture, dans les objectifs politiques du futur Fonds européen de développement régional, du Fonds de cohésion et du Fonds social européen Plus.
  3. Encourager les États membres à intégrer la culture dans leurs programmes opérationnels et fournir aux autorités de gestion des recommandations claires à cet égard. Les recommandations doivent être élaborées en étroite collaboration avec les secteurs culturels et créatifs.
  4. Simplifier l'accès des acteurs culturels aux Fonds de développement régional et de cohésion ; élaborer des orientations pratiques pour les secteurs culturels et créatifs sur la manière de développer des projets dans le cadre des Fonds. La DG EAC devrait prendre la tête de l'élaboration de ces orientations, dans le cadre d'une concertation étroite avec les autorités nationales et régionales, ainsi qu'avec les parties prenantes du secteur culturel.
  5. Explorer et approfondir les synergies entre les fonds de la politique de cohésion et le programme Europe créative, pour les volets Culture et MEDIA.

L'Alliance européenne pour la culture et les arts appelle à un débat ouvert et multipartite sur la manière de concevoir une politique de cohésion centrée sur le citoyen, véritablement efficace et tournée vers l'avenir, visant à assurer un avenir prospère et durable pour l'Union européenne et pour chaque citoyen européen. Les secteurs culturels et créatifs doivent être reconnus comme d'importants contributeurs à l'élaboration et à la mise en œuvre d'une telle politique.

Télécharger la déclaration ici.

 

[1]  https://ec.europa.eu/culture/policy/strategic-framework/growth-jobs_fr

[2] Partenariat de recherche européen sur les retombées culturelles et créatives en Europe : https://ccspillovers.weebly.com/uploads/1/1/8/4/118427712/2017_spillover_conclusion.pdf

[3]  KEA European Affairs : Utilisation des Fonds structurels pour les projets culturels, 2012 : http://www.keanet.eu/docs/structuralfundsstudy.pdf