Liberté en Répétition

Share

Pourquoi devrions-nous aborder la question de la liberté au sein de nos sociétés néo-libérales ? La question de la liberté est-elle encore pertinente après tous les mouvements d’émancipation qu’a connus le 20ème siècle, après la chute du mur de Berlin, après le défilé mondial pour la démocratie, et, enfin et surtout, après l’abnégation post-moderne de la pensée utopique ? 

Par liberté, nous entendons un processus. La liberté n’est pas un état. Il s’agit d’un ensemble dynamique de relations au sein des sociétés. Les sociétés démocratiques se sont fondées sur la protection de divers droits, dont le droit de la libre circulation des personnes, le droit à la liberté de religion, d’expression scientifique et artistique.  Ces droits sont incontestables et garantis aux citoyens par les régimes démocratiques. Mais la liberté en tant qu’ensemble de relations dans ces sociétés sera continuellement réinventée. Au coeur même de la liberté se trouve la constante remise en question de ses frontières. Au cours de son évolution, l’Art a été particulièrement sensible sur ce point. La liberté est constamment répétée : elle est inventée, réinventée, expérimentée, abandonnée, formée, formatée, reformatée, améliorée, confrontée… Tout ce que nous pouvons dire sur le processus de répétition vaut également pour la liberté.

L’Art est considéré comme étant l’un des derniers domaines, ou subdivision, de la liberté d’expression dans les sociétés néo-libérales. Tous les autres secteurs ont été lourdement régulés, principalement par la logique capitaliste ainsi que par la protection de la libre circulation des capitaux. Les espaces publics sont de plus en plus privatisés : les problèmes rencontrés par les lieux publics sont toujours plus liés à l’idée de capital. Il en va de même pour les médias de masse et la recherche scientifique, qui sont tous menés par les intérêts de leurs propriétaires. 

Comment l’Art peut donc s’opérer dans une sphère toujours plus restreinte de la liberté d’expression ? En tant qu’artistes et professionnels du domaine, nous avons beaucoup plus facilement accès aux médias et aux espaces publics que la majorité de la population. Que cela implique-t-il pour nous ? Formons-nous la seule opposition de notre époque ? Comment percevons, conditionnons, répétons, mettons en scène et communiquons-nous la liberté ?

La question de la liberté est également conditionnée par la culture et la géopolitique. Les « non-Occidentaux » entendent-ils la liberté de la même manière ? La démocratie occidentale constitue-t-elle le modèle ultime d’une société libre, ou représente-elle le « moins pire » des modèles existants ? Le concept de « Liberté en répétition » n’émane-t-il que de nos « jeunes démocraties » ? 

Enfin, et surtout, dans quelle mesure la liberté artistique est-elle conditionnée par la sécurité et toutes les régulations qui vont de pair, par les conditions de mobilité qui influencent la standardisation des modes de production et dictent la réflexion mentale pragmatique des artistes (qui doivent désormais « contenir leurs spectacles dans leurs valises ») ?

Janez Jansa
Maska, www.maska.si

Dossier d'articles rédigés par MA DeVlieg, J Jansa, B Kunst, JP Saez, M Stamenkovic, pp. 57-81, in L’Observatoire des Politiques Culturelles, n° 33, mai 2008.

Do you want to be notified about our new reads? Subscribe here